La justice est au centre des échanges à cette 14e édition du festival Ciné Droit Libre. Ce festival sur les droits humains et la liberté d’expression a ouvert ses portes dans la capitale burkinabè le 8 décembre 2018 avec en ligne de mire le procès de la justice, qui de l’avis des organisateurs, semble être plongé dans un profond sommeil. Comme les éditions précédentes, le « dialogue démocratique » a été organisé en solidarité aux populations du Sahel, victimes depuis plusieurs années des attaques terroristes. Trois panélistes ont fait face aux festivaliers pour échanger, à l’occasion du 10 décembre, journée internationale des droits humains, sur le sous thème du festival « droits humains et terrorisme ». Il s’agit de Petrus Barry, directrice régionale d’Amnesty International, de Dr Ra-Sablga Ouédraogo, chercheur et Jean Lamy, ambassadeur de l’Union Européenne. Pourquoi le Sahel est-il dans l’œil du terrorisme ? comment peut-on résoudre ce problème sécuritaire ? voici quelques principales questions qui ont fait gorges chaudes.

Sécurité, relance économique, paix… voici, sans doute, les vœux actuels des populations du Sahel Burkinabè. C’est avec raison, car c’est depuis quelques années qu’elles vivent avec la peur au ventre. La situation dans cette région du pays est critique. Le reportage réalisé à Oursis sur le tourisme qui a été diffusé juste avant les échanges, dépeint la réalité du terrain. Plus de touristes, contrairement à la centaine qui venaient, régulièrement au quotidien, avant les années « sombres ».

« Est-ce que ce n’est pas parce qu’on a oublié le Sahel qu’on est dans cette situation ? ». C’est la question soumise aux panélistes par le journaliste Soumaila Rabo, modérateur du jour. Dr Ra-sablga Ouédraogo, chercheurs de son état a égrené des causes géostratégiques. De son avis, l’insécurité au Sahel est liée aux enjeux énergétiques. Pour lui, quiconque veut être une puissance dans ce monde doit avoir le contrôle du grand Sahel. Comme pour dire que les puissances occidentales n’ont pas intérêt à ce que cette région qui regorge une quantité importante de « nappe phréatique » soit en paix. « Le Sahel n’est pas que du sable, c’est une richesse incroyable », confie-t-il.
L’absence d’ambition collective, la fragilité de l’État postcolonial, le vide de souveraineté politique… sont entre autres des raisons qui expliquent, selon Ra-Sablga Ouédraogo la situation au Sahel.

L’ambassadeur de l’Union Européenne(UE), Jean Lamy, confie que l’UE œuvre essentiellement dans le développement car la pauvreté est un facteur qui conduirait dans le radicalisme.

« Tant que le continent africain sera considéré comme un sous-continent, tant que la dignité de l’humain ne sera pas considérée alors tout ce que vous allez faire sera vain », se veut plus pessimiste, Petrus Barry, directrice régionale d’Amnesty International, Afrique de l’Ouest et Afrique Centrale. Elle semble connaitre ceux qui sont à l’origine de l’imbroglio qui règne au Sahel : « les armes ne sont pas fabriquées au Sahel », lance-t-elle en regardant le diplomate européen.

L’occasion a été donnée à Georges Gnoumou, connu plus sous le nom d’artiste Yellow, enseignant dans un village de la région du Sahel de témoigner sur la situation. A l’entendre, le Sahel vit un drame. « Nous y sommes par patriotisme car tout peut arriver », dépeint-il, tristement la réalité du terrain avant d’ajouter mélancoliquement que la plupart des écoles sont fermées. Les correspondants de la webtélé Droit Libre TV au Mali, Moctar Barry et celui du Niger, Boureima Balima ont eu également un temps d’antenne pour décrire la situation sécuritaire de leur pays respectif. A travers les trois témoignages, on retient une similitude dans les faits quand bien même que contrairement au Niger, le Burkina Faso n’a pas encore instauré l’État d’urgence dans certaines.

En guise de solution, le chercheur propose un débat collectif sur la sécurité mais il plaide également pour la souveraineté des États et l’émergence d’acteurs souverains africains. Quant à la directrice régionale d’Amnesty International, son ONG met l’accent sur l’éducation aux droits humains. Le diplomate abonde dans le même sens que Dr Ra-Sablga. Il estime qu’il faut discuter et écouter les jeunes. Selon lui, il faut prendre en compte « l’indignation et la frustration » des populations en compte.

Masbé NDENGAR